CRAPES MALI

Les enjeux politiques des élections présidentielles de juillet 2018

23 Fév

Les enjeux politiques des élections présidentielles de juillet 2018

La Loi Fondamentale du 25 février 1992, en son article 25, fait du Président de la République la première institution du Mali. C’est la plus haute fonction de l’Etat dont l’exercice passe nécessairement par une élection au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire à deux tours.

Presque cinq ans au pouvoir, le Président IBK, se doit en cette année 2018 d’organiser des élections présidentielles d’ici au plus tard le mois de Juillet. D’aucuns pensent qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession, suite à l’étonnante proposition de son homologue français, le Président Emmanuel Macron qui l’invite à ne pas se représenter.   D’autres par contre pensent le contraire compte tenu de l’immense influence qu’exerce sur lui les membres de son parti politique qui est le RPM.

Néanmoins, qu’IBK soit candidat ou pas, ce qui est certains, c’est que des élections seront organisées conformément à l’article 30 de la Constitution qui stipule que « le Président de la République est élu pour cinq ans… Il n’est rééligible qu’une seule fois ».  Partant de cette disposition constitutionnelle et, surtout, en prenant en considération la place et le rôle du Président dans l’architecture politique du Mali, force est de constater que l’élection présidentielle marque un événement aux enjeux majeurs dans la vie politique de notre nation. Raison pour laquelle il importe de s’y attarder un moment…

Quels sont les enjeux politiques dans la perspective des élections présidentielles de 2018 ?

Les enjeux peuvent être dégagés à partir d’une analyse tripartite fondée sur la nature institutionnelle de notre Etat, d’une part ; et d’autre part, sur les acteurs et les partis politiques et ; enfin, sur les attentes des citoyens par rapport aux réalités socio-économiques de notre pays.

Quand la structure institutionnelle fait du Président le monarque de la République, tout le monde veut alors devenir Président :

Dans la classification des régimes politiques, en droit constitutionnel, le Mali apparait comme un Etat semi-présidentiel. Ce qui fait du Président l’élément central de tout l’appareil étatique. D’ailleurs, notre Constitution actuelle accorde tout un titre au Président de la République (titre III). Le Président est le chef de l’Etat, il est le chef suprême des armées, il est le gardien de la Constitution, sans oublier qu’il a la faculté et le pouvoir de dissoudre le Parlement. En outre, le Président est le garant de l’unité national et de l’intégrité territoriale. Or depuis 2012, la situation sécuritaire est telle que  l’intégrité territoire du Mali est toujours au cœur du débat. L’ensemble de ces avantages institutionnels, sans parler des avantages de nature pécuniaire et relationnelle, font que le poste de Président reste le plus convoité de l’Etat pour des raisons diverses et multiples liés aux intérêts subjectifs et particuliers des candidats.

Néanmoins, la superpuissance marquant l’institution du Président dans la structure institutionnelle de l’Etat malien est, en soi, une menace aujourd’hui pour la bonne continuité et le libre exercice de l’action gouvernementale.  C’est dire que le Premier Ministre, qui est le Chef du gouvernement selon l’article 55 de la Constitution, est dans les faits, complètement subordonné au Président de la République qui est habilité à mettre fin à ses fonctions en tout moment. C’est ce qui se passe d’ailleurs avec l’actuel régime d’IBK qui est à son cinquième Premier Ministre  en moins de cinq ans. C’est le record ! Du jamais vu ! Or, en tout état de cause, c’est le Premier Ministre qui est, dans les faits, responsable devant le parlement. Comment peut-on, dans une situation de crise sécuritaire, faire du Premier Ministre le responsable de l’exécution de la politique de défense nationale si, dans les faits, on ne laisse pas à ce dernier le temps nécessaire de mener à bien sa mission. C’est tout le paradoxe. Et cette situation nous interpelle sur les limites et les faiblesses de notre système institutionnel et, au-delà, la nécessité d’une réforme réelle et profonde institutionnelle.

IBK, avait un moment pressenti la nécessité d’une réforme institutionnelle à travers le projet de révision de la Constitution.  Sauf que le moment était mal choisi et, en plus, le contenu du projet n’était vraiment pas à la hauteur. Sinon compte tenue des soubresauts que vit notre pays depuis 2012, une réforme institutionnelle est une nécessité. Il nous faut des institutions plus que les hommes. Le Mali n’a pas besoin d’hommes forts mais des institutions fortes.  Et je pense que la question doit être soulevée durant les échéances électorales à venir.

Les élections présidentielles, un moment crucial dans la vie des partis politiques :

La raison d’être d’un parti politique est l’ascension vers le pouvoir. La conquête du pouvoir est l’essence première des partis politiques. N’est-ce pas Max Weber qui   disait que tout homme qui fait de la politique aspire au pouvoir ? Jusqu’à ce jour ce principe théorique se vérifie. Les élections présidentielles marquent une période importante dans la vie des partis politiques puisque c’est le moment où ils sont plus dans la conquête de nouveaux  adhérents, de nouveaux sympathisants, autrement dit, de la clientèle politique. Et l’un des enjeux des élections présidentielles à venir, c’est le basculement de l’écosystème politique du Mali. C’est le dernier virage et la toute dernière chance pour plusieurs leaders de la classe politique actuelle de devenir Président. Pourtant, le parti au pouvoir n’est pas prêts ni disposer  à lâcher le pouvoir. Or, si l’Opposition part à cette élection en étant éclatée de la sorte, il y a de fortes chances qu’IBK soit réélu pour un nouveau mandat. Par contre, s’il faut que l’Opposition choisisse un seul candidat derrière lequel tous vont s’unir, sur la base de quels critères ce dernier devra-t-il être choisi ? Sachant qu’au sein de l’Opposition il n’y pas de consensus. Telle est la grande problématique.

Par ailleurs, le parti de l’abeille, l’ADEMA, l’un des partis politiques les plus influents du Mali avec, derrière lui ses 26 ans d’existence, est aujourd’hui divisé en trois clans entre ceux qui veulent que le parti soutienne le Président IBK, ceux qui souhaitent voir un candidat sous les couleurs du parti, et enfin ceux qui sont ni pour ni contre un éventuel soutien au Président IBK.  Cependant, à la dernière réunion du Comité Exécutif de l’ADEMA qui s’est tenue la semaine dernière au Palais de la Culture, il a été décidé que le parti sortira un candidat pour les prochaines élections présidentielles. Toujours est-il que, même si le parti arrive à sortir un candidat, ce dernier sera en perte de vitesse de légitimité au sein du parti et devra faire face aux dissensions internes.

Les élections présidentielles, une opportunité pour les citoyens de s’exprimer et de se faire entendre…

Au Mali, on a l’impression que les attentes des citoyens ne sont prises en compte, réellement, qu’à l’approche des échéances électorales. La fissure entre les leaders politiques et les citoyens est telle qu’il y a de ces citoyens qui ont perdu foi en la politique. Le népotisme, la corruption, l’impunité, la mauvaise gouvernance, la crise de confiance aux dirigeants sont autant de fléaux qui sont à l’origine de  l’absentéisme galopant dans ce pays.  Les prochaines élections présidentielles doivent être l’occasion pour renverser cette tendance.

En outre, le Nord, la crise sécuritaire et économique, le chômage des jeunes, l’Education, le secteur de la santé, la grève des travailleurs sont autant de question qui doivent constituer les grandes lignes des programmes électoraux des candidats. Il faut des programmes politiques clairs et précis qui puissent éclairés les électeurs sur le projet social de chaque candidat. Le Mali est l’un des rares pays où l’on continue de voter pour un candidat sans connaitre réellement quel projet social ce dernier défend. Il va falloir que l’on cesse avec cette culture de la médiocrité politique qui consiste à élire des Présidents sans exiger d’eux le strict minimum à savoir, un programme politique et un débat politique face-à-face entre candidats. Les maliens sont de plus en plus instruits et la conscience politique s’acquiert petit à petit. Il est certain que cette élection présidentielle, de part plusieurs aspects, ne sera pas comme celle des fois passées car le Peuple s’éveille.

Mr. DIAKITE Ballan,

Politologue Chercheur  CRAPES ML

3 comments

  1. Un très bon article qui retrace aisement les enjeux de ces élections et surtout les forces et faiblesses des acteurs du jeu politique. Bravo

    Répondre
  2. partant d’une analyse marquante de votre part je constate que vous voulez

    Répondre
  3. partant d’une analyse marquante de votre part je constate que vous voulez mentionner que les maliennes tendent de pied la route (petit à petit) à l’excellence c’est a dire à avoir un sens d’analyse plus judicieux parce que nous constatons tous que partant des anciennes élections qui ce sont passées au mali , la population malienne avait tendance à élire des candidats qui n’avaient qui n’avaient pas de programme fantasmagorique pour assurer le développement du pays (1), ensuite une fois arrivée au pouvoir il y avait une ambiguïté dans la prise de décision entre les différents représentants du peuple et le peuple ce qui était à la base de nombreux mouvement (pour la petite histoire de ma part je crois que les mouvements ,les grèves ne sont des moyens requis permettant à l’État de remédier aux différents problèmes nous pouvons prendre l’exemple sur les docteurs qui sont allés en grève pour cause que leurs salaires sont faibles je sais quoi mais ce qui m’étonne le plus c’est que il y avait les professeurs de lycée, d’université, anisi que les écoles secondaires qui étaient aussi en grève pour la même cause imagier dans un pays ou tout les institutions d’apprentissage sont fermés pour des causes futiles parce l’État n’a pas les moyens d’augmenter leurs salaires est ce que les ressortissants des ces institutions seront mieux formés pour prendre la relève d’où le chômage extravagante qui pousse les jeunes chômeurs a l’immigration (2) bref ce que dire pour conclure mes idées antérieures c’est que les jeunes doivent arrêter de faire du n’importe quoi comme le disait mon professeur d’économie Mr KHALID DEMBELE avec ces séances d’actualité dans la classe estimait qu’il faut que travaillons dure pour connaitre tangiblement les problèmes auxquels les maliens sont confrontés pour que une fois arrivée à l’Eldorado des maliens qui est le pouvoir qu’on puisse changer la donne.
    VOTRE ETUDIANT DE LA PREMIÈRE ANNÉE EN FINANVE COMPTABILITÉ À L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE GESTION.
    MARIKO Souleymane.

    Répondre

Write a Reply or Comment