CRAPES MALI

MASTER RECHERCHE : LE LABYRINTHE DE LA PAUVRETE ET DE LA MAUVAISE GOUVERNANCE :  LE MALI SOUS L’ANGLE DES INEGALITES

Novembre 2016 – Dr Etienne Fakaba Sissoko

 

 

Professeur d’université

Introduction

Selon la Banque Mondiale, « le Mali possède une économie insuffisamment diversifiée et vulnérable aux fluctuations des prix des matières premières et aux conséquences du changement climatique. Ces facteurs, conjugués à une croissance démographique parmi les plus élevées au monde, favorisent l’insécurité alimentaire, la pauvreté et l’instabilité. La prestation de services sur ce vaste territoire à la population clairsemée s’avère difficile créant des disparités géographiques et sociales et nuisant à la cohésion sociale de ses 15 millions d’habitants.

Selon les données du CREDD et des rapports de la banque mondiale sur la situation économique du Mali, il ressort que, le taux de pauvreté monétaire a connu une baisse importante entre 2006 et 2011, passant de 47,5 % à 45,4%. Cette baisse de la pauvreté peut s’expliquer par une reprise de la croissance économique. Liée au ralentissement économique induit par la crise de 2012, la pauvreté a augmenté entre 2011 et 2013, avant de fléchir très légèrement en 2014. En effet, le taux de pauvreté monétaire est passé de 45,4% en 2011 à 47,1% en 2013. En 2014, grâce à la reprise des activités économiques, le taux de pauvreté a très légèrement diminué à 46,9%.

De 2011 à 2013, la pauvreté monétaire s’est accentuée aussi bien dans le milieu urbain (de 47 à 49,3%) que dans le milieu rural (de 51 à 54,5%). Un infléchissement relativement faible a été enregistré en 2014 car le milieu rural a connu une diminution passant de 54,5% à 52,8%, tout comme le milieu urbain hors Bamako où le taux de pauvreté est passé de 49,3% à 46,6%. Le taux de pauvreté dans le district de Bamako en 2014 est de 11,1% contre 10,3% en 2013.  Il convient de noter que l’incidence de la pauvreté en 2014 au niveau national, à Bamako et en milieu rural est plus élevée que son niveau de 2011. La pauvreté dans les villes autres que Bamako en 2014 a diminué par rapport à son niveau de 2011.

L’indice du développement humain (IDH) établi par les Nations Unies pour le Mali ressort à 0,407 en 2014, ce qui place le pays dans le bas du classement, au 176e rang sur 187 pays et territoires.

Depuis, la sécheresse et la guerre ont aggravé la pauvreté qui sévit toutefois nettement moins dans les zones urbaines (14 %). Les pauvres qui habitent en zone rurale se concentrent à 90 % dans le Sud du pays, où la densité de population est la plus forte. ».

Le constat est amer, plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ; plus de la moitié de la population est donc considérée comme étant pauvre. Cet état de faits découle d’une situation économique, culturelle et sociale qui ne donne pas les mêmes chances et les mêmes opportunités aux maliens leur permettant, à faveurs égales, de pouvoir améliorer leurs conditions de vie.

Les sociologues définissent les inégalités comme « une différence dans l’accès à des ressources sociales rares et valorisées, ressources étant entendu au sens le plus large, incluant toutes les possibilités d’actions humaines : politique, économique, culturelle, sociale, sexuelle, religieuse etc. »

Ces inégalités au Mali découlent de phénomènes de plusieurs ordres et ont également conduit à de fortes disparités sociales qui sont la cause d’un réel malaise au sein de la population. Cet article se donne premièrement pour objectif de détailler les causes de cette iniquité et deuxièmement de dérouler ses répercussions sur la situation économique du pays pour enfin proposer des solutions pouvant permettre d’inverser la tendance.

Causes des inégalités au Mali

De l’accession du Mali à l’indépendance à nos jours, les inégalités sous ses diverses formes émanent principalement de sa culture patriarcale qui confère au père une autorité prépondérante dans les prises de décisions. Par conséquent, le rôle des plus vulnérables, bien que perceptible et important, est dissimulé pour différentes raisons liées à notre conception de la chaine de production. D’autres raisons sont également le manque de confiance en la capacité de la femme et de l’enfant, l’analphabétisme, l’immixtion des confessions religieuses et surtout la réinterprétation des relations socioculturelles par les notables comme par exemple « l’exercice du pouvoir coutumier par une femme est un sacrilège voire un déshonneur ».

La marginalisation de ces couches en famille et dans la société, lors des prises de décision, les pousse à exercer des métiers sous qualifiés. Cependant, circonscrire les causes de ces inégalités sur un plan purement social serait une erreur, car elles prennent leurs sources sur le plan économique et politique.

En effet, l’analyse macro-économique permet de souligner un contexte économique tout à fait particulier. Les liens économiques et politiques contraignants, depuis les Politiques d’Ajustement Structurelles (PAS), ont maintenu cette logique de domination tant dans les rapports bailleurs de fonds – pays pauvres, que chefs de famille – femmes et enfants.

La situation post-conflit et d’endettement international actuel réduit d’une manière contraignante les marges de manœuvre dans la conduite d’une bonne politique de protection sociale. Fondée sur la solidarité, la protection sociale constitue une meilleure politique de lutte contre la pauvreté et les inégalités d’accès aux services sociaux (santé, pension, assurance, etc.)

En effet près de 80%  de la population du secteur informel restent en marge d’une protection adéquate, nous parlons donc, d’un pays qui souffre structurellement et chroniquement de pauvreté sociale, monétaire et dont les inégalités, en dépit des multiples progrès, s’accentuent en raison de la crise multidimensionnelle que traverse le pays qui limite ses marges de manœuvre.

Au Mali, l’incidence de la pauvreté (mesurée comme la proportion de la population définie comme pauvre) est passée de 55,6% en 2001 à 47,4% en 2006,  de 43,6% en 2010 et 47,1 en 2013 une évolution due à la crise de 2012.

Toutefois en 2014, grâce à la reprise des activités économiques et le retour remarqué  du pays dans le concert des nations, le taux de pauvreté a très légèrement diminué pour atteindre 46,9%.

L’incidence de la pauvreté sur les ménages est plus élevée en termes non-monétaires que monétaires. Au plan national, comme pour la  pauvreté monétaire, l’incidence de la pauvreté non monétaire a baissé au cours de la décennie 2001-2011. En revanche, selon le rapport d’évaluation du CSRP, troisième génération, depuis 2011, on enregistre une hausse de la pauvreté non-monétaire (en condition de vie) qui est passée de 65,6% en 2011 à 75,5% en 2013. L’incidence de la pauvreté non-monétaire en milieu urbain (hors Bamako) a baissé de 40% en 2011 à 37% en 2013. A Bamako, le même indice a aussi baissé de 22 ,9% en 2011 à 16,3% en 2013. Les conditions de vie des ménages se sont dégradées en milieu rural puisque l’incidence de la pauvreté non-monétaire est passée de 74% en 2011 à 94% en 2013. L’aggravation de la situation des pauvres ruraux entre 2011 et 2013 s’expliquerait par la crise politique, sécuritaire et alimentaire de 2012. L’analyse de la situation de la pauvreté, uniquement appréhendée d’un point de vue monétaire tend donc à atténuer le poids de ce fléau qui pèse dramatiquement sur les conditions de vie des ménages ruraux.

Avec un Indice de Développement Humain (IDH) de 0,407 en 2014, le Mali était classé 176e sur 187 pays dans le monde. La crise de 2012 a entraîné une baisse du financement des activités de développement et une réduction de l’activité des entreprises. La conséquence en est une augmentation de la précarité chez les ménages et une hausse de l’incidence de la pauvreté qui a atteint 47,1% en 2013. Le milieu rural contribue pour 91% à l’incidence de la pauvreté au niveau national.

Les récentes études du Centre de Recherche d’Analyses Politiques, Economiques et Sociales (CRAPES – Mali) font ressortir que le budget 2015 du Mali a augmenté de 3.5% par rapport à celui de 2014 qui se chiffrait en recettes à 1 518 milliards 116 millions de FCFA. Ce budget, pour la première fois a atteint en 2016 2002 milliards de F CFA en dépenses.  Pourtant, cette augmentation du budget ne s’est pas traduite par une amélioration significative des conditions de vie des populations. Les inégalités d’ordre social comme économique sont disséminées de part et d’autre sur toute l’étendue du territoire. 176e sur 187, le Mali est l’un des pays les plus pauvres au monde selon l’indice du développement humain du PNUD. Les progrès enregistrés depuis le début des années 1990 ont cependant été atténués par la forte croissance démographique enregistrée par le Mali (+3,6% par an en moyenne).

Afin d’apporter un diagnostic sur les diverses formes d’inégalités, l’article 2 de la constitution stipule que « tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. Toute discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l’opinion politique est prohibée ».

La présente analyse sera axée sur les causes des disparités, les politiques mises en œuvre pour l’égalité, et la formulation de certaines recommandations

La mauvaise gouvernance est la principale cause des inégalités au Mali

Au Mali, les inégalités se manifestent dans plusieurs secteurs, mais elles sont surtout perceptibles dans le domaine de l’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau potable, à la justice équitable, au logement, au foncier, dans le domaine du traitement salarial, l’accès au crédit, surtout dans l’accès aux fonctions hautement politiques. La cause est liée à la mauvaise gouvernance. En somme, en dépit de faire partie des premiers signataires du protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), il y a véritablement le manque de volonté politique du gouvernement malien à agir positivement pour la ratification d’un tel Protocole. Or,  Cet instrument représente le cadre juridique principal, au niveau international, pour la protection et la promotion des droits économiques, sociaux et culturels qui incluent notamment les droits au travail, à la santé, à l’éducation, à l’alimentation, à l’eau, à l’assainissement, au logement adéquat, à la sécurité sociale et de pouvoir participer à la vie culturelle. Ainsi tous les Etats parties au PIDESC ont l’obligation au titre du droit international de respecter, protéger et mettre en œuvre ces droits pour tous, sans discrimination, tout en renforçant les justiciables.

A l’aune de l’indépendance, les autorités avaient mis en place un système de parité qui permettait aux fils de pauvres et de riches d’être ensemble à l’école, et surtout d’aller à l’internat. Chacun bénéficiait donc des mêmes opportunités, ce qui privilégiait la culture du mérite. Exempté des frais de scolarité, nos pères ont bénéficié d’un cadre propice d’apprentissage, toutefois l’évolution de l’économie d’un modèle socialiste ou collectiviste à celui du capitalisme a quelques peu modifié le modèle de gouvernance des différents secteurs (éducation, santé…) A cela il conviendrait d’ajouter les PAS (Programmes d’Ajustement Structurels visant des réformes économiques que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont mis en place pour permettre aux pays touchés par de grandes difficultés économiques de sortir de leur crise économique.

Dans le cadre de l’inégalité de chances pour la population, la politique a accentué les inégalités de chances entre les enfants du pays, parce que tout simplement souvent les parents de certains sont en position de rente.

Les inégalités encore plus présentes dans les secteurs sociaux

Les inégalités au Mali se manifestent dans plusieurs secteurs, comme expliqué plus haut, mais c’est dans le domaine de l’éducation où elles sont le plus visibles. La mauvaise gouvernance ne permet pas l’égalité des chances entre les fils du pays en termes d’accès à l’éducation. Pour mieux étudier et avoir la chance de poursuivre les études, il faut avoir les moyens de s’inscrire dans une meilleure école et de bénéficier de conditions d’études favorables. Pour avoir un emploi décent, il faut être « pistonné » (coup de pouce d’un proche) ou appartenir à telle ou telle formation politique.

Dans le domaine de la santé, l’accès aux soins de santé et services est reparti entre riches et pauvres, et la qualité des prestations se soumet au degré d’exigence du malade. Pour se soigner, il faut avoir les moyens de se payer des prestations dans une meilleure clinique, l’hôpital public étant devenu un mouroir pour pauvres et démunis.

Il y a également l’accès à la terre. Celui-ci n’était pas fondamentalement quelque chose de privé ; il y avait juste des droits économiques et de jouissance reconnus dans la communauté des localités. Malheureusement, au fil des années, ces communautés sont de plus en plus dépossédées de leurs terres, donc de leur moyen de subsistance au bénéfice des plus nantis. Cela est visible dans les zones périurbaines et zones minières où les permis d’exploitation ont privé les communautés, des localités de leurs terres cultivables, les poussant ainsi dans la pauvreté.

Dans la lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) avance trois causes structurelles de la pauvreté :

Les dotations inégales en facteurs de production ; la gouvernance et la structure politique et les inégalités en termes d’opportunités.

Dans les objectifs de la construction des 50 000 logements sociaux, l’état malien figure en bonne position des nations permettant à la gent féminine d’être propriétaires et cela, grâce à l’augmentation croissante des bénéficiaires femmes. Par ailleurs, le népotisme, et le favoritisme dans l’attribution de ces logements sociaux est une autre source d’inégalité et d’exclusion qu’il faudra gérer. Au-delà du critère genre, une incompréhension générale reste pendante quant aux critères d’attribution des logements. Sans fondement ni statistiques officielles en la matière, tout laisse à croire, selon certains analystes du milieu de la gestion domaniale, que les clés de répartitions des logements sociaux sont détenues par les politiciens véreux. En quête d’un nouvel électorat ou d’une pression des militants, ces derniers bafouent toutes règles d’égalités devant donner la priorité aux plus démunis/démunis.

La pauvreté est générée par un accès réduit et précaire aux ressources productives et par l’inégalité dans l’accès aux droits et la participation au pouvoir

Il ressort que la pauvreté au Mali est certes multidimensionnelle (pauvreté de revenus, de conditions de vie, de relations sociales, etc.) mais elle est fondamentalement le résultat de deux phénomènes qui se renforcent mutuellement : un accès réduit et précaire aux ressources productives (formation, santé, information, terre, crédit, capital, statut social, etc.). Or ces ressources sont à l’origine des revenus et des capacités, elles sont sources d’autonomie et de sécurité. Il y a aussi l’inégalité dans l’accès aux droits et la participation au pouvoir (pris au sens large) et aux décisions. Autrement dit, la pauvreté n’est que le symptôme : si l’on souhaite agir sur les causes de la pauvreté, il faut agir sur les inégalités.

Cette approche de la pauvreté est relativement récente dans les instances de coopération internationale. Elle est encore peu répandue. Ce n’est qu’en 2006, dans son Rapport sur le développement dans le monde intitulé « Équité et développement », que la Banque mondiale présente les inégalités comme facteurs de pauvreté et met en avant les inégalités d’opportunités. La coopération française a pris en compte cette dimension un peu plus tôt. Dès 2001, elle a préconisé une articulation entre la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités.

Les inégalités sont la source de la pauvreté et malgré les nombreux plans, programmes et stratégies de développement ; elles constituent un frein notoire au développement.

En effet,  Mali a connu trois grandes orientations politiques et stratégies de développement : la politique des plans, la politique d’ajustement structurel et la politique de réduction de la pauvreté. Face aux échecs des différents plans et politiques d’ajustement structurel, le Mali a élaboré de 1996 à 1999 une étude nationale prospective afin de connaître les souhaits des maliens en matière économique et social à l’horizon 2025. Les orientations stratégiques données par cette étude prospective sont le fil conducteur des politiques économiques et sociales à long, moyen et court termes notamment, les Objectifs du Millénaire pour le Développement, les Cadres Stratégiques de Lutte contre la Pauvreté (CSLP 2002-2006, CSCRP 2007-2011 et 2012-2017 ), la Déclaration de Politique Générale du Gouvernement, le Budget Programme et le Programme d’Activités des Départements et le Cadre Stratégique de Relance Economique et le Développement Durable.

Les évolutions économiques et sociales récentes sont les résultats de la mise en œuvre de ces politiques.

Les agriculteurs sont les plus pauvres au Mali : 50,6% de la population rurale connaissent une pauvreté monétaire, les agriculteurs qui représentent 62% de la population totale sont les plus pauvres avec une incidence de la pauvreté monétaire de 65,1%. Ce groupe contribue à hauteur de 81% dans l’incidence de la pauvreté nationale.

Il semble tout aussi nécessaire d’essayer de saisir les enjeux et règles financiers qui gèrent ces accès. Les inégalités se mesurent selon le même cadre : inégalités de revenus et inégalités de conditions de vie, en ajoutant une dimension d’inégalités de chance (non appartenance à des réseaux de capital social…)

L’insuffisance des ressources budgétaires de l’Etat constitue un frein à la réduction des inégalités malgré une panoplie de politiques publique et sectorielle

La faiblesse des ressources budgétaires étatiques qui ne sont pas suffisantes pour réellement mettre en place les différentes politiques nécessaires à la réduction des inégalités et les systèmes de péréquation financières (aussi bien entre les régions, que dans un programme de protection sociale communautaire ou collectif ou encore solidaire), le Mali n’a d’autres choix que de suivre les programmes sociaux mis en place par les autres acteurs du développement.

Cependant, on note notamment l’élaboration de la Politique Nationale Genre, la prise en compte du genre dans les politiques publiques, l’élaboration des rapports genre sectoriels, la création d’un organe consultatif dénommé Conseil Supérieur de la Politique Nationale Genre du Mali.

De 2011 à 2015, la demande sociale reste encore très forte et pressante et la capacité des gouvernants à gérer au mieux les ressources du pays et à distribuer ou redistribuer de façon équitable les revenus générés entre les composantes des générations présentes et futures sera déterminante pour son développement économique et social. Certains handicaps susceptibles de contrecarrer cet objectif sont déjà perceptibles : la dégradation de l’environnement, la montée de l’insécurité, la forte croissance démographique et la difficulté d’insertion des jeunes dans la vie sociale.

Les initiatives prises depuis 2006 pour accélérer la marche vers les OMD sont nombreuses et de divers ordres : du renforcement de l’expression de la volonté politique nationale à des actions concrètes d’amélioration des conditions de vie des populations, en passant   par des initiatives d’amélioration de la gestion de volets entiers du processus du CSCRP.

La Politique nationale de promotion et de protection de l’enfant (PNPPE), adoptée par notre pays en juillet 2014 pour la période de 2015-2019, ambitionne de contribuer à créer un environnement (juridique, institutionnel) favorable à la promotion et à la protection de l’enfant en bâtissant un consensus national au profit du développement intégré de l’enfant. Ce document de référence rectifie ainsi le tir en matière de la protection des enfants en situation de mobilité. La mobilité des enfants a été longtemps confondue avec la migration.

Le Programme National d’Infrastructures Rurales (PNIR), le Programme Communal de Développement Rural (PCDR) sont des initiatives qui s’inscrivent dans la logique de l’impulsion de la production agricole pour éliminer l’extrême pauvreté et la faim.  Contribuer à «Assurer une éducation primaire pour tous» par des politiques spécifiques appropriées.

Malgré la crise de l’enseignement qui persiste depuis plus d’une décennie, l’offre de services d’éducation n’a pas cessé de croître, peut-être à un rythme faible au regard des besoins. Au plan institutionnel, dans le souci d’accélérer l’atteinte des objectifs on note :

  • L’élaboration de deux politiques : la politique nationale de scolarisation des filles ;
  • La création d’un Centre National des Cantines Scolaires.

Ces mesures visant à contribuer à réduire la mortalité maternelle et celle des enfants ainsi qu’à lutter contre les maladies.

Une série d’initiatives ont été prises à l’effet de réduire la mortalité maternelle et  celle des enfants dont notamment les suivantes :

  • L’élaboration et l’application de la feuille de route pour la réduction de la mortalité maternelle et néonatale ;
  • L’adaptation au contexte malien de la vision 2020 pour une maternité sans risque ;
  • L’organisation des campagnes de planning familial ;
  • L’institutionnalisation de la semaine d’intensification des actions nutritionnelles ;
  • La gratuité de la césarienne pour réduire la mortalité maternelle et néonatale ;
  • Le traitement préventif intermittent du paludisme.

Avec l’adoption le 24 novembre 2010 de la Politique Nationale Genre, le Gouvernement du Mali s’est engagé pour la réalisation de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. Toutefois, sa mise en œuvre délaissée, nécessite un regain de sursaut et des stratégies d’actions permettant entre autres :

Il faut aussi déplorer que malgré leur rôle essentiel dans l’adoption et la mise en œuvre des mesures spéciales de protection sociale, les parts des ministères en charge de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, du Travail et de l’Action humanitaire dans le budget national demeurent faibles avec respectivement 0,30% et 1,20%, soit un total de 1,50% pour les deux départements.

Malgré les chiffres avancés par les autorités du Mali en matière de lutte contre la pauvreté et de réduction des inégalités, la réalité sur le terrain a du mal à convaincre des avancées vantées par les gouvernements successifs, en témoigne le classement du PNUD.

Les politiques nationales jusque-là adoptées en matière de réduction des inégalités doivent être remises en cause

Aujourd’hui, après constat et analyse de la situation, l’urgence s’impose de remettre en cause les politiques nationales jusque-là adoptées en matière de réduction des inégalités.

Les inégalités sont créées ou accentuées par les mécanismes du marché, de la disponibilité des infrastructures et des ressources humaines qualifiées. A  cet effet, on cite, entres, la pauvreté monétaire : en effet, en 2010 le seuil a été évalué à 165 431 FCFA/ personne et par an contre 144 022 en 2001. Les mesures effectuées jusqu’ici ont été faites sur la base des dépenses de consommation des ménages (alimentation, habillement, logement, santé, éducation, transport).

Ce seuil varie selon le milieu de résidence. Les conditions de vie en milieu urbain sont nettement meilleures que celles du milieu rural, soit 70% contre 32%.

Par ailleurs, le monopole de certains marchés par l’état et des opérateurs de télécommunication élève le coût de l’électricité, de communication pour les plus pauvres. Outre cet aspect, l’accès au financement des couches vulnérables reste un mirage malgré la pléthore de projets et programmes.

Les inégalités de revenu, grandement attribuables à l’offre et la demande du marché de l’emploi persistent, en témoigne l’indice de GINI pour le Mali qui est de 1.90 en 2009 selon la Banque mondiale.  Sur la base des données de 2001 à 2009, l’indice de Gini[1] (le coefficient de Gini est une mesure statistique de la dispersion d’une distribution dans une population donnée. Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite et 1 signifie l’inégalité totale. Ce coefficient est très utilisé pour mesurer l’inégalité des revenus dans un pays) est passé de 0,39 à 0,32 traduisant ainsi une réduction substantielle des disparités. En 2011, l’indice est passé à 0,42 traduisant ainsi une détérioration de la situation par rapport aux autres années. L’indicateur a ensuite rechuté à 0,34 en 2013, avant d’augmenter significativement en 2014 à 0,37 marquant ainsi la très grande variabilité du phénomène d’une année à une autre.

Au Mali, la disparité est grande entre le milieu rural et le milieu urbain en matière d’accès à l’eau et assainissement et à la santé

Le budget 2016 prévoit 2002,9 milliards en dépenses totales, les allocations budgétaires pour l’éducation nationale sont de 50 566 172 000 FCFA, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique 23 947 033 000 FCFA, quant à la santé et l’hygiène publique, on note 51 591 050 000 FCFA. Le contexte sécuritaire  réoriente les priorités du gouvernement avec 32 915 143 000 FCFA alloué) à la sécurité intérieure, 8 665 561 000 à la défense nationale sans prise en compte des autres dépenses militaires. Par conséquent, il serait judicieux de prévoir l’accroissement du budget alloué aux services sociaux de base qui renferment le nid des inégalités et de prendre des actions en vue de réduire de façon drastique la corruption afin d’assurer une redistribution équitable des ressources.

Le poids démographique élevé au niveau familial et macro, les faiblesses institutionnelles de gouvernance et de capital humain insuffisant accentuent les disparités sur le territoire. Elles se mesurent en termes de capacités d’accès aux différents biens et services mais aussi en termes de qualité de vie. Les indicateurs de l’IDH permettent d’appréhender les différents niveaux d’accès à ces biens et services, mais également en comparaison avec la situation post crise.

Avec un climat plus clément, le Sud est principalement irrigué par les fleuves (Niger et Sénégal) et la pluviométrie y est plus élevée, ce qui permet une bonne production agricole, tandis que le nord excède dans l’élevage et la pêche même s’il est arrosé par le Niger. Par ailleurs, la population malienne est inégalement répartie entre les régions dont certaines comme Sikasso avoisinant les 2,7 millions d’habitants, soit 17,64% contre à peine 0,5% à Kidal. Cette mauvaise répartition influe, par ailleurs, sur la création de la richesse. En effet,  sur 100 FCFA générés, 80 FCFA sont consommés dans les grandes agglomérations, précisément à Bamako, rendant complexe l’attractivité des régions sous peuplées.

Il serait opportun de faire l’état des lieux de la décentralisation /déconcentration afin de désengorger les grandes agglomérations comme Bamako, créer des pôles économiques de développement à travers l’effectivité et le suivi des transferts des ressources aux collectivités territoriales conformément à l’accord pour la paix et la réconciliation qui prévoit un transfert de 30% des recettes fiscales aux régions septentrionales.

Au niveau national, 57% de la population utilisent une source améliorée d’approvisionnement (94% en milieu urbain et 61% en milieu rural).  Ces performances sont salutaires mais des efforts doivent être déployés pour l’atteinte de 100%.

Il existe toutefois une instabilité constante. Selon la saison, le taux d’accès à l’eau potable se réduit de moitié durant les périodes caniculaires, les besoins sont énormes, même dans la capitale. Dans ce domaine, le pays est un bon élève en termes de respect des OMD devenus ODD.

Le taux d’accès à l’eau potable a baissé d’environ cinq (5) points de pourcentage entre 2012 et 2014 à tous les niveaux : national, urbain et rural. Il est passé de 68,5% en 2012 à 63,8% en 2014. Plus d’un tiers de la population n’a pas accès à l’eau potable. Il existe également une grande disparité du taux d’accès  à l’eau potable  entre le milieu rural et le milieu urbain. Il est de 61,8% en milieu rural contre 68,7% en milieu urbain et semi-urbain.

Aussi, une problématique majeure dans l’amélioration du cadre environnemental, l’assainissement au Mali et précisément dans les grandes agglomérations connait un échec sans précèdent, les milieux ruraux ne bénéficient d’aucune politique avant-gardiste de lutte contre l’insalubrité, malgré les paiements des taxes de développement régional et local (TDRL).

Le ministère de l’Environnement et de l’Assainissement, en appui à la Direction nationale de l’assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances (DNACPN), ont élaboré un document dénommé la Politique nationale de l’assainissement (PNA) avec cinq stratégies sous-sectorielles.

Ces cinq stratégies sous-sectorielles, élaborées pour accompagner le document de Politique nationale avec un niveau de détails bien supérieur, sont : la stratégie nationale de gestion des déchets solides, la stratégie nationale de gestion des déchets liquides, la stratégie nationale de gestion des déchets spéciaux et la stratégie nationale des eaux fluviales.

Chaque stratégie des objectifs de développement durable tient compte de l’aspect environnemental et de l’équité genre dans la lutte contre la pauvreté  afin d’élargir la couverture différents services sociaux de base.

La signature d’une convention de partenariat avec la compagnie marocaine Ozone, dans le cadre de l’évacuation des déchets solides n’atteint point les résultats escomptés du simple fait de son caractère sélectif de certaines zones ou quartiers de la capitale. Qu’en est-il de l’assainissement des autres régions telles que la Venise malienne (Mopti) où l’insalubrité atteint le record d’une zone sous quarantaine ? Les périphéries et quartiers de Bamako à forte densité de population demeurent dans l’insalubrité absolue. Les conséquences de cette situation se chiffrent en centaines de décès  par an liées au paludisme, à la diarrhée, maladies respiratoires, etc.

 –  Pour un accès facile aux soins, venez en ville !

Il est évident que la santé connait une relative amélioration s’expliquant par la hausse des investissements dans le milieu sanitaire, en 2015 était de 5,2%.

La politique sanitaire du Mali est conforme aux principes de l’Organisation Mondiale de la Santé. Toutefois, on constate une insuffisance de couverture sanitaire (faible accessibilité aux méthodes de Procréation Médicalement assistée dans un rayon de 15 km) en milieu rural, ainsi qu’une insuffisance des ressources financières allouées au secteur de la santé.

La part de la population située à moins de 5 km d’une structure de santé proposant le Paquet Minimum d’Activités (PMA) a progressé de 51 à 62 %, entre 2006 et 2014. La proportion varie de 38% dans la région de Kidal à 95% dans le District de Bamako. La couverture dans un rayon de 15 km a progressé au fil des années (de 76 % en 2006 à 90 % en 2014).

L’insuffisance de ressources humaines compétentes et motivée pour la santé est une contrainte du système de santé du Mali malgré la politique nationale de développement des ressources humaines qui prévoit les axes de gestion du recrutement, des carrières, de renforcement des capacités, de la motivation du personnel et de l’organisation de la fonction de gestion des ressources humaines.

L’analyse causale a ainsi montré une insuffisance quantitative et qualitative du personnel socio -sanitaire : 1 médecin pour 7.256 habitants (normes OMS = 10.000),  01 infirmier d’État pour 3 365  habitants (normes OMS = 5.000), 01 infirmier/assistant médical pour 1.930 (normes OMS = 5.000) pour un effectif du personnel de 1 191,   01 sage-femme pour 17 122 femmes en âge de procréer (normes OMS = 5.000) soit un effectif de 911 sage-femme.

Sous le régime du Président ATT, l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) a été mise en place par la loi n°09-015 du 26 octobre 2009. Un engouement véritable s’est alors dessiné aux bénéfices des privés, fonctionnaires, les parlementaires, les retraités titulaires de pensions des secteurs public et privé, assurés volontaires.

Or, le paysage démographique malien est composé en majorité d’étudiants et d’un secteur informel occupant une grande majorité de la population. L’exclusion de cette couche d’individus amenuise les efforts des autorités dans le droit à la protection sociale.  Elle est repartie selon la situation dans l’activité entre les actifs occupés (5 494 274), les chômeurs (492 310) et les inactifs (2 056 514).

La CANAM en charge de la gestion de l’assurance maladie Obligatoire exige un versement des cotisations pendant au moins 6 mois consécutifs, sachant l’instabilité professionnelle du secteur informel.

Le taux d’accès à l’eau potable est resté quasi stationnaire de 2009 (73%) à 2010 (73,1%) s’expliquant en partie par le faible taux de création et de réhabilitation des Équivalents Points d’Eau Modernes par rapport aux objectifs initialement fixés (environ 40 % de moins).

Le taux d’accès à l’électricité s’améliore régulièrement depuis près d’une décennie. En effet, il est passé de 9% en 2001 à 27,08 % en 2010 pour atteindre 32,43% en 2013, en partie grâce aux services d’électricité fournis par EDM SA Cette augmentation est bien plus marquée en milieu urbain avec 66,80% contre seulement 17,19%  en milieu rural

L’une des causes profondes de la précarité juvénile, au-delà de l’accès à l’éducation, demeure la stabilité des enfants en milieu scolaire, souvent enrôlés, abusés, nous assistons à une prolifération anarchique du travail des enfants en milieu rural comme urbain, à la mendicité au vu de tous et des interruptions intempestives au maintien de l’enfant à l’école.

Pour appliquer la convention relative aux droits des enfants, le gouvernement a entrepris d’adapter la législation nationale, mais des réalités comme la faible scolarisation ou encore le mariage précoce vient rappeler l’étendue des progrès attendus.

Le tableau des violations des droits de l’enfant a été un peu plus assombri par la crise institutionnelle et sécuritaire de 2012, 51% des enfants de moins de 5 ans sont officiellement enregistrés, mais ce taux varie de 41% pour les enfants des ménages pauvres à 71% pour ceux des ménages riches. Les principales raisons tiennent à l’insuffisance des services d’état-civil (notamment en zones rurales) et à la non-application des procédures légales et de la gratuité de l’acte de naissance.

Les performances en matière d’éducation témoignent les progrès faits par les autorités. Cependant, elles doivent redoubler d’effort car le taux d’alphabétisation de 30 % reste encore très faible par rapport aux IDH  alors que ce taux est en moyenne de 56 % pour l’Afrique subsaharienne.

Quand jeunesse est synonyme d’exclusion et féminité synonyme de faible rentabilité !

Les inégalités existent en matière d’accès au crédit. Même si la proportion des femmes bénéficiaires de microcrédit est plus élevée  que celle des hommes, il est à noter que les montants de crédit octroyés aux hommes sont supérieurs à ceux des femmes, soit 13,83 milliards pour les femmes et 32,05 milliards pour les hommes.

Egalement, dans le système financier classique au niveau des banques, la tendance reste largement en faveur des hommes.

Quant aux jeunes entrepreneurs n’ayant aucune assise financière l’accès au financement reste un mythe, le phénomène est pressant et connu des autorités mais aucune étude n’a été jusqu’alors élaborée pour analyser l’ampleur de la situation. Les structures comme l’ANPE ou l’AEJ ayant, entre autres, comme mission de faciliter l’accès des jeunes à des emplois et aux financements peinent à trouver les bonnes formules  pour sortir la jeunesse de la précarité.

L’Etat, à travers la loi d’orientation agricole et les ONG partenaires, semble être dans une réelle dynamique de renforcer la capacité des femmes et jeunes dans l’acquisition des périmètres irrigués  dans la région de Tombouctou, contrairement à certaines contrées telles que Sikasso, Ségou où les hommes empêchent souvent les femmes d’être propriétaires de lopins de terre.

Recommandations

Au regard donc de la diversité des inégalités auxquelles le pays est confronté, nous pouvons affirmer que la véritable égalité des chances passe par un fonctionnement d’ensemble lui-même moins inégalitaire, où les hiérarchies sont moins pesantes et où la collaboration joue un rôle accru au détriment de la compétition.

Des secteurs prioritaires doivent donc être prévus dans le cadre d’un plan d’action en vue de la lutte contre les stéréotypes sexistes, de la protection de l’intégrité et de la dignité de la femme dans le développement économique juste et équitable.

Ces secteurs sont la justice, l’éducation, la santé, l’emploi, la formation professionnelle, le développement rural, l’accès à l’eau, la décentralisation, la réforme de l’Etat, la réforme budgétaire et la communication.

  • Sur le plan juridique, il s’agit de l’amélioration des textes nationaux pour assurer leur effectivité, réduire les différentes formes de violence faites aux femmes et aux filles (à travers des services d’orientation et d’écoute.
  • Sur le plan éducatif, il s’agit de la création des nids d’apprentissage pour les enfants abandonnés, de sortir de la théorie vers la pratique : amélioration de l’accès des filles à l’éducation, ensuite le renforcement ainsi que le suivi et le maintien des enfants surtout jeunes filles à l’école, enfin une lutte contre l’enrôlement et le travail et des enfants.
  • Sur le plan sanitaire, le droit à la bonne santé étant une condition sine qua none à tout rendement, tout profil devra bénéficier l’Assurance maladie Obligatoire, redynamiser la lutte contre les grossesses indésirées et les Maladies Sexuellement Transmissibles, renforcer les capacités des structures sanitaires en milieu rural, accroitre le nombre de services offerts aux femmes et aux enfants.

Afin d’améliorer l’accès à l’eau potable, l’état devra, en partenariat avec les ONG, réactualiser la cartographie des points d’accès en vue de leur suivi et de relancer des perspectives des forages, afin d’accroitre les infrastructures d’accès à l’eau potable. A cela il faut créer des comités de gestion des points d’eau, en termes d’égalités hommes/femmes, initier une politique de reconversion ou d’aide aux veuves et jeunes filles abandonnées par la création des maisons des femmes, des centres d’autopromotion, des garderies et enfin, filtrer, orienter et mieux encadrer les femmes rurales exerçant les professions échappant à tout contrôle (ménagères, baby-sitter). cela est déjà envisagé concernant le monde rural. Il s’agit plutôt de voir les forces et faiblesses de cette approche en vue de formuler des recommandations d’actions pertinentes.

  • Une démarche inclusive et partenariale avec toutes les composantes de la société civile (Adhésion, mobilisation et participation).
  • Sensibiliser la population à abandonner progressivement les valeurs et cultures néfastes à l’épanouissement de la femme et à mettre en exergue celles qui sont propices au bien-être de la femme ;
  • Promouvoir les changements de mentalités reconnues de la société malienne afin d’établir un consensus pour réguler les tensions entre traditions et modernité ;
  • Convergence et cohérence entre la politique du genre et les autres politiques et programme ;
  • Assurer des mesures d’accompagnement pour la pérennisation de la promotion du genre à long terme.

Sur le renforcement des capacités des couches : Il serait judicieux d’améliorer l’accès égal à l’éducation et à la formation des femmes et des enfants abandonnés et la parité hommes/femmes dans le traitement salarial ; de faciliter l’accès des femmes promotrices dans les financements des PME/MPE ; de sensibiliser en vue de réduire les stéréotypes et des biais sexistes dans l’accès à l’éducation ; d’institutionnaliser l’égalité H/F dans les réformes politiques ; et de faciliter l’accès des femmes au financement dans le cadre des projets/programmes de développement. Un meilleur équilibre dans l’accès des femmes aux emplois de l’administration sera un apport aux changements de mentalités,

Ces conditions ci-dessus nécessitent la fourniture d’équipement des centres de formation, des entreprises artisanales et des entreprises agricoles ; l’installation des jeunes ruraux dans la riziculture ; le renforcement et l’amélioration de l’implication du Gouvernement, mais aussi des organisations non gouvernementales et les parents dans la lutte contre la mendicité ; la sensibilisation et la mise en place d’une politique dynamique de lutte contre le travail des enfants et enfin la priorisation des questions liées à l’hygiène et à l’assainissement par l’affectation de ressources budgétaires conséquentes, l’adoption de mesures pour lutter contre la prolifération des déchets (liquides et solides), l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’action national sur la sensibilisation des populations face à la dégradation de l’environnement.

Conclusion

En définitive, il apparaît évident que mettre en place une politique de lutte contre les discriminations est primordial. Même si l’arbre des discriminations cache souvent la forêt des inégalités sociales, leur existence constitue une plaie de la société malienne et un frein au développement économique et social du pays.

Le gouvernement malien doit davantage travailler à être plus juste dans sa gouvernance et garantir la chance égale pour tous.

En somme, les actions d’urgence à entreprendre doivent s’inscrire non seulement à réduire le fossé, mais à forger un nouveau type de malien et former à la citoyenneté. Ces actions d’urgence doivent passer par :

  • Une meilleure distribution de la justice ;
  • L’accès équitable à la terre, au logement, à l’eau potable, à la santé et aux services publics.
  • Rendre l’école beaucoup plus publique en garantissant l’accès équitable des enfants à une éducation de qualité. Cela passe par la réouverture des internats et leur agrandissement.

Redynamiser le mouvement pionnier avec une éducation réelle à la citoyenneté, développer leur intelligence et leur énergie selon un modèle qui réduit la déviation de l’individu par rapport à nos réalités. Le gouvernement doit impérativement aller vers cela. Mais ce travail suppose que vous avez des leaders qui sont d’une bonne gouvernance culturelle et sociale, administrative et politique.

En plus de l’école, l’Etat du Mali devrait utiliser adéquatement les compétences nationales. Que les nominations d’individus ne prennent plus en compte les rapports de famille ou de considérations politiques, mais plutôt s’appuient sur des valeurs d’intégrité, de compétences avérées à relever les défis assignés.

Ces actions doivent permettre de rendre la société malienne moins inégalitaire. Leur mise en œuvre passe par des mesures concrètes en faveur de l’égalité des chances et des hiérarchies moins pesantes. Si de réelles politiques ne sont pas mises en œuvre pour réduire les inégalités, les risques d’insurrection populaire et de rébellion continueront de planer sur le pays.

A l’analyse, il serait donc dangereux d’ignorer les inégalités dans le processus de développement aujourd’hui au Mali. Le principe consistant à axer tous les efforts sur les stratégies de développement et la création de revenus est inefficace, car cela conduit à l’enrichissement d’une petite minorité et à la paupérisation du plus grand nombre. Face à une telle situation dans un pays comme le nôtre, les plus pauvres développent un sentiment de frustration et de marginalisation par la société. Il n’y a donc pas de doute que leur citoyenneté en sera affectée et qu’ils deviennent des candidats potentiels pour les recruteurs des réseaux terroristes. Face au risque de radicalisation et d’auto-exclusion de la société, les pouvoirs publics doivent prendre au sérieux la lutte contre la pauvreté et les inégalités.

Si nous accordions la même considération à tous, l’amélioration des conditions de vie des plus pauvres devrait constituer la plus grande source de préoccupation de la classe dirigeante. Le manque d’intérêt porté à la situation constitue une forme de mépris des dirigeants et des riches envers les pauvres.

Les difficultés à boucler les fins de mois, à accéder à un logement jugé décent, aux soins de santé, etc., (l’un des symptômes de la pauvreté) est le sentiment d’exclusion sociale, le sentiment de vivre à part, d’être un citoyen de « seconde zone ». Le fait de ne pas disposer suffisamment de ressources réduit considérablement la possibilité de développer une vie sociale « normale » par rapport au reste de la société : impossible d’aller au restaurant, à un concert, de prendre des congés. Pour des parents, ne pas pouvoir satisfaire les besoins essentiels de leurs enfants, peut-être offrir les mêmes loisirs, les mêmes vêtements et tous les fruits de la modernité à leurs enfants, est particulièrement destructeur. Parfois, une telle exclusion a véritablement des conséquences concrètes. Ces manifestations peuvent être très violentes chez les jeunes en particuliers.  L’économie malienne ne se porterait-elle pas mieux si chaque citoyen avait les mêmes chances et les mêmes opportunités pour créer de la richesse ?

Professeur d’université et directeur du Centre de recherches d’analyses politiques Economiques et Sociales du Mali (CRAPES), Monsieur SISSOKO est admis au concours d’agrégation de l’université de Paris en économie appliquée. Il est détenteur d’un doctorat en économie appliquée et d’un master en management des marchés publics. Il est consultant chroniqueur sur les questions politiques et économiques et auteur de plusieurs articles portant sur l’économie et l’éducation au Mali.