CRAPES MALI

THÈSE DE DOCTORAT « CONTRIBUTION DE L’EDUCATION A LA CROISSANCE ECONOMIQUE EN AFRIQUE DE L’OUEST»

De Etienne Fakaba SISSOKO : Le choix  de ce thème, vient de la conclusion de notre travail de recherche en master sur les déterminants de la croissance économique malienne depuis son indépendance en 1960. Il est apparu dans ce travail que l’accumulation du capital humain, dont, l’éducation est incontestablement un des facteurs les plus importants pour expliquer la croissance économique d’un pays, et, dans le cas malien, l’apport de l’éducation était très nuancée.

De façon générale, les premières recherches sur l’enseignement en Afrique ont vu le jour vers les années 1920, mais c’est surtout après les indépendances qu’elles se sont développées. Elles émanent principalement d’une discipline, la sociologie. Cette prédominance ne sera pas sans influence sur l’évolution du choix des théories, des concepts et des thèmes développés au sein de la recherche éducative. Cependant, la recherche sur les relations croissance-éducation, à l’opposé de certaines branches de la recherche africaniste (anthropologie sociale, sociologie, histoire,…) est demeurée très marginale et n’a guère bénéficiée que de recherches individuelles dont l’isolement n’a permis, ni la reconnaissance, ni la création de courants d’idées suscitant la confrontation et l’émulation scientifiques, comme l’atteste le faible nombre de publications. De fait, en dépit de débuts prometteurs, les recherches africanistes en éducation-croissance ne connaîtront qu’un essor très récent que nous pouvons situer aux débuts des années 1990.

Dans l’histoire de la recherche sur l’éducation, le discours dominant sur «  l’éducation pour tous » (Unesco 2002) n’est pas sans influence sur les thèmes de recherche engagés. Depuis le début des années 1980, l’Éducation pour tous (Allison 1983) constitue un thème récurrent. Les raisons du développement  ou du non développement du secteur scolaire, de son fonctionnement interne, de la reproduction des inégalités sont alors déclinées à partir de thèmes de plus en plus variés, tels que les relations entre systèmes économiques et accès aux savoirs (Vinokur 1993), entre éducation et pauvreté (Hugon 1994), tandis que le thème de l’éducation des filles est renouvelé du fait de l’intégration de l’apport des études sur les relations de filles-garçons (Lange 1998). Au sein de ce cadre, sont également étudiées les politiques liées à la mondialisation (décentralisation, privatisation,…) permettant de repenser le rôle de l’État et de questionner les rapports entre systèmes politiques et systèmes scolaires (Diarra & Lange 1999). On incite également à s’interroger sur ce que l’on apprend à l’école : l’analyse des contenus des enseignements (Ouédraogo 1998) ou la mesure des acquis scolaires des élèves (Martin & Ta Ngoc Chau 1993) sont des sujets actuellement développés. Aux marges de la fréquentation scolaire, le procès de socialisation des jeunes est également étudié que ce soit au lycée (Guth 1997) ou à l’université (Lebeau 1997).

La recherche et les débats sur l’enseignement et sa place, en science économique n’a jamais été autant prise au sérieux, que ces dernières années en Afrique et particulièrement au Mali. Dans ce contexte, l’éducation et au delà la formation professionnelle et technologique occupent une grande place dans les orientations de politiques économiques et sociales. L’éducation en tant qu’objet d’étude économique se rencontre chez les fondateurs de la discipline (Smith [1723-1790], Ricardo [1772-1823], Mill [1806-1873], etc.). Le développement de l’économie de l’éducation en tant que discipline et champ de recherche remonte au début des années 1960, avec les travaux pionniers de T. Schultz, E. Denison, G. Becker ou J. Mincer. Ces auteurs ont développé ce qu’on a appelé dans la littérature économique la théorie du capital humain. Bien qu’étant au cœur des débats en économie d’éducation, la théorie du capital humain a été critiquée sous différents aspects. Différentes théories concurrentes ou complémentaires furent alors proposées (théorie du filtre[1], du signal[2] et de la reproduction sociale[3]). Il est important de noter que ces théories ont été à l’origine de l’un des bouleversements majeurs intervenus dans la pensée en économie et d’une nouvelle approche de l’étude de l’éducation et de la formation professionnelle aux cours des siècles précédents.

Les problèmes de croissance économique et de développement ne se retrouvent plus seulement cantonnés à des problèmes d’accumulation de capital physique (travail ou capital financier) mais aussi à la prise en compte de l’accumulation du capital humain et du progrès technique. Ces derniers sont analysés comme des facteurs majeurs de la croissance et le développement économique. Aujourd’hui, l’éducation se présente sous des éclairages différents de ceux qui avaient été à l’origine des différents travaux au début des années soixante.

Les travaux d’économie d’éducation se concentrent à l’heure actuelle dans trois grands domaines : celui de la contribution de l’éducation à la croissance économique ; celui de la demande individuelle d’éducation et des liens entre l’éducation et le marché du travail ; celui de la gestion des systèmes éducatifs. Pour notre part, nous nous inscrivons dans le domaine de la contribution de l’éducation à la croissance économique et celui de la gestion des systèmes éducatifs.

On sait d’une part qu’aujourd’hui le développement et la croissance d’une nation semblent dépendre plus que jamais de son niveau culturel et scientifique, et par là-même de la valeur de son enseignement.

Un tel bouleversement n’est toutefois possible qu’avec un spectaculaire développement des connaissances et ne peut avoir lieu que lorsque se trouvent réunies des conditions techniques et sociologiques. Si divers facteurs (population, éducation,..) interviennent dans la croissance économique, leur rôle peut être inégal selon les périodes, voir selon les pays ou les régions.

Dès lors, il apparaît évident que l’accumulation du capital humain contribue, au même titre que l’accumulation du capital physique, à la croissance économique, dans un tel contexte il n’est pas surprenant de voir l’éducation et la formation occuper une place prépondérante dans l`élaboration des politiques économiques dès l’accession du pays à l’indépendance en 1960 sous l’égide de Modibo Keita[4] , d’où l’importance particulière accordée par le Mali au développement de son système éducatif après l’indépendance, ce qui a permis le recul significatif du taux d’analphabétisme, et la montée très forte des taux de scolarisation. Des efforts de huit années qui on été anéantis par une dictature de 23 ans et une régression totale de notre éducation sous les dix ans du président Alpha Oumar Konaré[5] et du président Amadou Toumani Touré[6] (nous y reviendrons plus loin).

Les différentes études empiriques sur le lien entre l’éducation et la croissance économique en Afrique et particulièrement au Mali conduisent à des résultats mitigés. Ces études qui ont pris en compte les facteurs humains, l’effet de la qualification de la main d’œuvre et l’effet des variables sanitaires et démographiques aboutissent à des résultats contradictoires comme dans les travaux de Diarra (2001), Diallo (2003) Diallo (2007), … Dans leur analyse, ils se positionnent d’avantage sur la décision d’étudier l’individu et laissent de côté la boîte noire qu’est le système éducatif.

D’autre part, la recherche portant sur  les déterminants de la croissance économique a été un des plus importants maillons de la recherche en économie  depuis le milieu des années quatre vingt.

Ce domaine de recherche a été mis à jour par les travaux sur la croissance économique endogène de Römer (1986) et de Lucas (1988) et par l’économétrique appliquée sur la croissance qui a débutée avec le test de l’hypothèse de convergence des économies (Baumol 1986, Barro 1991, Sala I Martin 1992, Mankuiw et Romer 1992).

Il faut également souligner la contribution importante relative à la mise à la disposition de données internationales comparables sur le produit intérieur brut PIB, la productivité ou encore le capital humain (Summers et Helson 1988, Barro et Lee 1993, 1996 et 2001).

Dans le champ de l’économie, de nombreux pays se sentent concernés par la volonté de promouvoir l’éducation au sein de leur population. En effet il est presque unanimement accepté, que  l’éducation est un moteur fondamental pour la croissance économique d’un pays. Par ailleurs il est également démontré que l’éducation réduit les risques sanitaires, les conflits ainsi que le taux de mortalité.

Pour autant, depuis le modèle pionnier de croissance de Solow (1956), l’éducation apparait dans une version très réduite ; il est rarement fait allusion à la qualité des systèmes éducatifs. Très souvent on se base uniquement sur la quantité de l’éducation (comme le taux de scolarisation, ou encore le nombre moyens d’années scolaire, …). Romer et Veil (1992). Or il a été récemment démontré par Lacoste (2005) qu’il n’existe pas de lien entre le niveau de scolarisation  de la population et le taux de croissance avec des données sur la France de la fin du XIXe  siècle à nos jours. Ce qui met beaucoup de doutes d’une part, sur la politique éducative du Mali notamment, la place que l’on accorde à notre système éducatif, et d’autre part dans les travaux anciens concernant l’apport de l’éducation à la croissance économie de ce pays.

Il est très vite apparu qu’il devenait important de se questionner sur la dimension qualitative de l’éducation plutôt que sur la dimension quantitative contrairement à ce qui se fait au Mali depuis l’indépendance.

A titre d’exemple, est-il logique de supposer, qu’une politique de scolarisation massive des filles a le même impact sur la croissance économique qu’une politique de développement d’un Enseignement Secondaire Général et un Enseignement Supérieur de qualité, notamment en réalisant une meilleure maîtrise des flux et en procédant à une réforme des filières/séries ?

Malgré l’évidence de la réponse, les économistes et chercheurs maliens en sciences de l’éducation ont négligé ces faits. D’où notre obstination à démontrer qu’il existe des meilleures conditions de contribution de l’éducation à la croissance économique au Mali qui passent forcement par la qualité de l’éducation, donc de la remise en cause du système et des politiques éducatives.

Avec un Indice de Développement Humain qui place, en 2010, le pays à la 160e place du classement des pays du monde établi pour 169 pays, et un taux d’alphabétisation des adultes estimé à environ seulement 26 % (17 % pour les femmes et 36 % pour les hommes) et l’un des derniers quand à la qualité de son système éducatif, le Mali est l’un des pays pour lequel les progrès dans le secteur de l’éducation et de la santé sont les plus faibles et dont les évolutions sont les plus nécessaires. En effet, ils permettraient de donner une chance au processus de croissance économique de s’établir et d’éviter qu’une forte proportion de ses habitants ne soit pris dans une trappe de pauvreté (on estime qu’environ 63 % de la population vit actuellement dans des conditions de pauvreté et qu’un peu plus de 20% des Maliens vivent dans des conditions d’extrême pauvreté).

Dans ce contexte, le développement de l’éducation et surtout une éducation de qualité constitue sans aucun doute un domaine d’intérêt majeur pour l’avenir du pays. Le système éducatif national a fait des progrès substantiels en termes de couverture de la population d’âge scolaire depuis 1990 dans la mesure où il est estimé que le taux brut de scolarisation du primaire (le 1er cycle de l’enseignement fondamental) est passé de 26,5 % en 1990 à 74% en 2008 (après une longue période de stagnation, le taux brut de scolarisation du primaire n’ayant évolué que de 23,2 % en 1970 à 26,5 % en 1990 et stagne toujours depuis).

Alors que où nous fêtons nos cinquante ans d’indépendance, le moment est aujourd’hui opportun pour conduire un diagnostic empirique du système, de son fonctionnement et de son financement, de ses contraintes et de ses marges d’amélioration, car si quelques progrès ont effectivement été réalisés, il est estimé que le taux d’achèvement du primaire ne se situe, en 2007, qu’à 43%, indiquant que le chemin sera encore long vers l’objectif du Millénaire d’achèvement universel du primaire en 2015. En d’autres termes, il faudrait progresser de 47 points en quatre années, c’est-à-dire à un rythme au moins deux fois plus rapide que celui, déjà très appréciable, observé entre 1996 et 2004 (le taux d’achèvement du primaire se situait aux environs de 26 % en 1997).

Notre choix de ce sujet se justifie alors par l’intérêt particulier récent que portent les hommes politiques, pour accroitre la qualité de notre système éducatif. Nous voulons ainsi participer à la réflexion intellectuelle et au débat scientifique mené par les universitaires à propos de l’efficacité de notre système éducatif, en essayant de rechercher les éventuelles relations de causalités qui peuvent exister entre les sphères éducatives et économiques, par une étude économétrique solide qui laisse la parole aux données statistiques afin de donner une vision statistique à ce problème.

Le Mali est un pays de la zone soudano sahélienne. Il s’étend sur une superficie de 1.240.238 km2 et n’a pas de façade maritime. Il est limité au nord par l’Algérie, au nord-est par la Mauritanie, à l’ouest par le Sénégal, au sud-ouest par la Guinée, au sud par la Côte d’Ivoire, à l’est par le Niger et au sud-est par le Burkina Faso. Son économie est largement dominée par le poids du secteur traditionnel notamment l’agriculture et l’élevage. L’économie malienne a connu au cours des dernières décennies des changements importants, caractéristiques de l’évolution politique du pays. Le Mali dispose d’une économie de faible dimension et la vie économique est très affectée par les aléas climatiques (pluviométrie irrégulière ou insuffisante). Le pays tire l’essentiel de ses recettes des produits d’exportation tels que le coton, l’or et le bétail. Le secteur industriel est très faible et est basé autour de quelques unités agroalimentaires. Ce secteur ne représente qu’une proportion faible dans la formation du produit intérieur brut du pays[7].

Sur le plan politique, l’avènement de la démocratie et de l’Etat de droit en 1992 a permis de réaliser des progrès importants en terme de séparation des institutions et de renforcement de l’Etat de droit. La nouvelle constitution du Mali garantit en effet la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Les réformes économiques et l’assainissement des finances publiques entrepris depuis quelques années connaissent de maigres progrès. La création du franc Malien avait permis de faire quelques réalisations notamment en matière d’industrialisation. Ces efforts seront anéantis pour le coup d’Etat de 1968.  Le Mali fait désormais parti de l’UEMOA. La dévaluation du franc CFA et la création de l’union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), en 1994, traduit la volonté de quelques Etats d’Afrique de l’ouest d’élaborer des politiques d’intégration et d’harmonisation de leurs relations économiques.

L’économie malienne est une économie duale, avec d’un côté un secteur traditionnel, celui de l’agriculture, de l’élevage et de l’artisanat, principal pourvoyeur d’emplois et de l’autre un secteur moderne en progression mais concernant un nombre restreint d’actifs. Cette situation pose un problème important d’adéquation entre l’offre de formation et d’apprentissage et les emplois que crée l’économie malienne.

Le Mali a connu au cours des dernières années différentes étapes dans son développement économique et social. De l’indépendance en 1960 au début des années 1990, le pays est passé d’une économie socialiste planifiée à celle d’une économie de marché avec des réformes souvent très mal menées au cours des décennies 1980 sous l’égide des institutions internationales. L’évolution économique du Mali est marquée par trois périodes qui correspondent à des phases de politiques économiques distinctes[8].

La période de 1960 à 1968 qui correspondent à la période de l’accession à l’indépendance à la fin du régime de Modibo Keita. Cette période correspond à un régime marxiste léniniste instauré par les autorités de la première République qui a donné au pays toutes les infrastructures industrielles et qui seront presque toutes privatisées par la suite. La seconde période commence à partir de la fin de 1968, avec le début du régime militaire et prend fin avec la chute du régime militaire au début des années 1990. La troisième période est celle à l’œuvre depuis vingt ans. Cette dernière partie correspond à l’avènement de la démocratie dans le pays et des efforts de construction d’un Etat de droit et d’une économie de marché dans un contexte d’union régionale et de développement de l’économie mondiale.

L’observation de l’évolution de la croissance économique du Mali fait ressortir trois grandes périodes :

  • De 1960 au milieu des années 1970 correspond une politique planifiée (nationalisation, créations d’usines clés en main et réglementation). Selon Azam et Morrison [1999], la politique économique est alors inspirée du modèle marxiste-léniniste. On nationalise massivement, on crée des entreprises publiques aux effectifs souvent pléthoriques.
  • De la fin des 1970 à la fin des années 1980, cette période correspond à une politique économique plus libérale avec moins de réglementation, mais l’Etat gardant la main sur l’appareil de production. On s’éloigne en effet de l’idéologie socialiste de l’URSS pour se rapprocher de plus en plus du « modèle socialiste africain » inspiré par le Sénégal (Chambas G., et Combes J.L [1995]).

Ces différentes phases de développement n’ont pas permis de mettre en œuvre une croissance économique vigoureuse, source d’un décollage économique.

Dans les pays en développement comme le Mali, les systèmes éducatifs ont connu une expansion extraordinaire au cours de dernières décennies. Les pays nouvellement indépendants ont hérité des structures éducatives avec une base très limitée, conçues à l’origine pour former l’élite locale et un petit nombre de salariés à col blanc. L’indépendance ayant été suivie d’un revirement politique souvent radical, les pays nouvellement indépendants ont fait de l’éducation et de la santé un des leviers importants de la lutte émancipatrice de leur population. Dans ce contexte, le Mali ne constitue pas une exception. Les relations entre la société, le système éducatif et de formation sont en fait complexes et multiformes ; on peut néanmoins globalement les classer en deux grandes catégories.

En premier lieu, viennent les facteurs économiques et sociaux qui exercent une pression externe sur le fonctionnement de l’école. Dans cette perspective, il s’agit à la fois des questions telles que la confrontation des valeurs existantes dans la société à un moment donné ; mais on trouve aussi, de façon plus prosaïque, les contraintes telles que celles du contexte démographique, ainsi que celles liés au contexte économique, financier qui imposent, dans le court et moyen terme, des contraintes évidentes aux politiques éducatives. Ces contraintes posent de façon évidente les limites de la politique éducative.

En second lieu, nous trouvons les effets globaux qu’exercent le système éducatif, son fonctionnement et ses produits sur la société. Dans ce cadre, les questions concernent, pour une partie importante ce qui se passe après que les individus soient sortis du système d’éducation et de formation. On trouve des aspects sur la productivité du travail et la croissance économique, mais aussi des externalités sur les pratiques familiales et sociales et sur les comportements de santé et d’hygiène des populations.

Le système éducatif du Mali a subi peu de bouleversements depuis l’indépendance. Il est semblable à la plupart des pays colonisés par la France. En réalité, l’avènement du système éducatif du Mali se confond avec l’histoire de la colonisation. De ce fait le système éducatif du Mali emprunte beaucoup de ses traits au modèle français. Avec l’indépendance et l’orientation  prise par la jeune République du Mali, le système éducatif devient l’un des éléments essentiels qui expriment la fierté nationale, en tous cas les premières années d’indépendance (1960-1968).

Pour ce qui est de cette thèse, nous nous focalisons sur les domaines de  contribution de l’éducation à la croissance économique et celui de la gestion de notre système éducatif. A partir de l’idée que l’éducation est un moteur de la croissance, nous nous interrogeons sur l’état de l’éducation au Mali, notamment à travers les performances éducatives. Nous formulons l’hypothèse que l’accès à un système éducatif de qualité est un facteur essentiel de croissance économique et de redistribution des ressources publiques vers les populations les plus démunies. Alors, l’accès à l’éducation devient un des axes centraux de la politique économique d’un Etat.

A partir de cette hypothèse, il est alors prioritaire de faire en sorte que toutes les catégories socio-économiques de la population aient accès aux services d’éducation de base. Les politiques visant le système éducatif peuvent de ce fait varier, d’un pays à un autre, mais alors qu’en est-il de celle du Mali ?

Depuis la conférence d’Addis Abéba (1961) jusqu’au Forum de Dakar (2000) ou aux objectifs du millénaire (OMD), l’éducation pour tous (UNESCO BREDA, 2005) est affirmée comme une priorité. Les organisations internationales et les gouvernements de nombreux pays en développement ont décidé de faire de l’éducation et de la santé des biens publics mondiaux dont le développement et l’accroissement nécessitent une mobilisation internationale.

De nos jours, le système éducatif du Mali demeure un exemple dans la sous région en tous cas du moins sur les papiers mais reste confronté à une crise de fonctionnement depuis 1990[9]. Il faut lier cette crise au contexte politique de démocratie en construction mais aussi aux difficultés économiques du pays. L’école malienne a été et demeure fortement marquée par des perturbations de cours, des grèves, des violences qui ont émaillé ces années scolaires.

Ces secousses ont concerné tous les autres ordres d’enseignement du cycle fondamental (primaire) au cycle supérieur (université). Cette crise peut être considérée comme une crise de croissance quand on sait que les effectifs ont augmenté de manière exponentielle passant en 1997, de 862 874 élèves au cycle fondamental (primaire), à 1247467 élèves en 2002.

Le secondaire général a aussi connu un accroissement considérable de 1990 à 2008.
Le supérieur s’est aussi accru d’environ 4% alors que l’université naissante de Bamako n’a hérité en infrastructures que des anciennes écoles supérieures dépourvues pour la plupart d’amphithéâtres à la dimension des effectifs. Les nouveaux locaux de la Faculté des sciences économiques et de Gestion (FSEG), et de la Faculté des sciences Juridiques et Politiques (FSJP) ne sont que des efforts insignifiants comparé à l’ampleur des besoins. Tout cela donne un ratio de 68 élèves par salle de classes en cycle fondamental (primaire) et un effectif de plus de 1000 étudiants dans certaines facultés de l’université comme la FSJP ou la FSEG.

Aussi le personnel enseignant qualifié fait défaut à tous les niveaux : c’est ce qui explique le recrutement des contractuels et des vacataires dont le manque qualification pourrait jouer sur le rendement scolaire et du même coup rendre la tâche d’encadrement pédagogique des chefs d’établissements plus ardue.

Si les choix prioritaires sont connus et les objectifs clairement définis, les moyens pour y parvenir et les réformes ne suivent pas toujours ou du moins on doit considérer que les reformes entreprises n’ont rien à voir avec les problèmes identifiés. Les résultats obtenus en matière de scolarisation sont incontestables, les effectifs de l’enseignement primaire ont connu une croissance importante et incontestable au cours des dernières années. Tout aussi prioritaire doivent être les efforts et les moyens d’obtenir un faible taux de rétention comme cela ne l’est point actuellement.

Est-il suffisant d’avoir des choix  prioritaires et sans savoir comment les mettre en œuvre ?

Dans ce travail de thèse, nous nous interrogeons sur la problématique de la pertinence des politiques éducatives pour rehausser le niveau notre système éducatif et la qualité de l’éducation.

Notre travail est de vérifier l’hypothèse selon laquelle, c’est l’accès à un système éducatif de qualité plus que l’accès à un enseignement de masse qui agit sur la croissance économique et non l’inverse.

Notre problématique s’articule autour de quatre questions :

  • Comment le système éducatif malien a-t-il évolué depuis l’indépendance ?
  • Quelles relations de causalité entre les sphères éducatives et économiques au Mali
  • Dans quelle mesure la littérature empirique existante peut-elle évaluer la contribution de la qualité de l’éducation sur la croissance économique dans le contexte du Mali ?.
  • Quelle politique éducative pour engager l’économie sur une croissance plus vigoureuse  surtout dans un contexte d’efficacité de la dépense éducative?

Nous examinerons l’influence des facteurs contextuels qui pèsent de façon pérenne sur l’évolution du système éducatif. Ces facteurs constituent des éléments découlant des conditions socio-économiques du pays. Ces dernières seront déterminantes dans l’évolution au cours des prochaines années sur les résultats en termes de performance sur le système éducatif, et sur le développement économique et social du pays en général. Il s’agit en particulier, d’une part, du contexte démographique caractérisé par un taux natalité important et d’autre part, de l’évolution de l’offre de formation en relation avec les besoins réels du pays. Nous examinerons l’évolution des différentes étapes qui ont marqué le système éducatif au Mali. Enfin, nous poserons l’interrogation de la pertinence de l’évaluation des indicateurs de performance. Cette interrogation a pour but d’examiner le concept de l’évaluation du produit éducatif et des analyses nouvelles qui en découlent.

En participant au débat scientifique et intellectuel sur la contribution de l’éducation à la croissance économique du Mali nous allons démontrer que :

  • Les faibles taux de croissance enregistrées des années antérieures sont en grande parti dû à la médiocrité de notre système éducatif qui ne forme plus de cadres bien formés et compétitifs.
  • C’est la qualité plus que la quantité d’éducation qui peut agir sur la croissance économique d’un pays en général ;
  • Les politiques éducatives mises en œuvre au Mali depuis l’indépendance ne permettent pas vraiment une meilleure condition de contribution de l’éducation à la croissance économique dans le contexte actuel, nous faisons en conclusions des recommandations pour une meilleure politique éducative ;

Notre thèse apportera ainsi des contributions dans les domaines de l’économie de l’éducation, ainsi que la macroéconomie, et de la croissance. Elle sera structurée en deux parties. Une partie d’ordre macro-économique, et une autre qui tend à préciser certaines visions d’ordre micro-économique pour compléter des interrogations des précédents travaux  issues de l’approche globale de la qualité du système éducatif dans notre pays.

Elle développera une méthodologie de construction d’indicateurs alternatifs sur la qualité et l’inégalité du capital humain.  Des indicateurs sur la qualité du capital humain seront construits sur la base des enquêtes nationales sur les acquis des élèves maliens, et de nos propres enquêtes.

A partir de ces bases de données et de leur ancrage, une estimation de leur impact sur la croissance économique fiable est ainsi produite, l’approche théorique ci-dessus mentionnée, dans laquelle c’est l’efficience du stock d’éducation qui stimule la croissance, nous allons mettre à la disposition des décideurs quelques indicateurs de mesure de la performance des systèmes éducatifs.

Une étude micro économétrique sur les inégalités scolaires à l’école primaire, pour 8 régions du Mali, permet de préciser comment peuvent se générer les différences qui limitent l’obtention d’un niveau de qualité homogène et donc d’une mesure globale de la qualité éducative. Par ailleurs, en utilisant une méthodologie que nous développons pour la première fois ici, nous revisitons l’effet de la taille des classes au secondaire pour 5 régions (Kayes, Sikasso, Koulikoro, Tombouctou, Gao). Nous démontrons qu’au vu des coûts économiques engendrés, suite à un redéploiement de la taille des classes, l’effet d’une réduction de la taille des classes est très souvent loin d’être Pareto optimale[10]. Si l’amélioration de la qualité des systèmes éducatifs ne trouve pas de voie unique pour l’ensemble des régions, nous essaierons de montrer qu’il est possible d’apporter des recommandations de politique éducative spécifiques pour chacune des régions analysées, ceci tout en conservant la vision économique globale de la production de services éducatifs qui constituait notre point d’entrée.

[1] La théorie du signal est un prolongement sur le marché du travail de celle du filtre. Les employeurs sont considérés comme étant en asymétrie d’information vis-à-vis des offreurs de travail. Ils disposent de données intangibles telles que le genre. D’autres, comme le niveau de qualification, peuvent au contraire être modifiées par les individus à la recherche d’un emploi. Le diplôme constitue donc un signal envoyé aux employeurs potentiels. II reste aux individus à choisir la formation qui permet d’envoyer le meilleur signal, soit celle qui offre le plus de possibilités pour trouver un emploi, soit le meilleur taux de rendement. (Spence)

[2] Les tests empiriques ont montré que la théorie du capital humain explique peu les faits. En particulier, des individus de même niveau obtiennent des gains très différents. La théorie de Becker a été remise en cause à la fois dans son développement et ses hypothèses. La formation, et en particulier le diplôme, sert à apporter de l’information sur les qualités des individus (intelligence, capacité de travail,…). L’éducation ne sert donc pas à accroître les capacités des individus mais à les identifier afin de pouvoir les filtrer. Le système productif filtre les individus en fonction des qualités qu’il recherche. Des tests à l’embauche pourraient toutefois servir eux aussi de filtres, à un coût inférieur à celui du système éducatif. (Arrow)

[3] Le système éducatif, fonctionne comme s’il servait à reproduire la domination de la  » classe dominante « . Sous couvert de neutralité et d’égalité des chances, l’institution scolaire conduit à exclure les enfants des classes populaires,  » classes dominées . Le système exerce, en effet, un  » arbitraire culturel  » permettant cette sélection. L’école valorise et légitimise une culture dite savante acquise en dehors de ses murs par la classe dominante. Cette  » violence symbolique  » exercée par le système éducatif est à l’origine des écarts entre les taux de réussite des enfants. La démocratisation de l’école a des effets pervers. L’exclusion s’opère via la dévalorisation des diplômes. (Bourdieu et Passeron)

[4] Modibo Keïta fut le premier président de la République du Mali entre 1960 et 1968.

[5] Président de la république du Mali (1992-2002).

[6] Actuel président de la république du Mali élu en 2002, il finit son mandat en 2012.

[7] Pour plus d’informations voir mon mémoire de maitrise sur la contribution du secteur industriel dans la production nationale du Mali (http://www.doc-etudiant.fr/Gestion/Controle-de-gestion/Memoire-Contribution-du-secteur-industriel-dans-la-production-nationale-du-mali-28986.html

[8] Pour en savoir plus voir mon mémoire de croissance économique sur : Développement du capital humain et croissance économique du Mali depuis l’indépandance.

(http://www.memoireonline.com/06/09/2186/m_Analyse-de-la-Croissance-Economique-du-Mali-depuis-lindependance0.html)

[9] Voir en annexe de cette thèse notre article sur les crise scolaires au Mali , publier par l’Unesco en Novembre 2009.

[10] Il se définit comme une situation économique efficace socialement au sens où personne ne peut améliorer sa position sans détériorer celle des autres. (Pareto)